Blog

Propositions Darrois, Macron , Le Bouillonnec... les avocats ont-ils encore le choix d'échapper à l'action collective pour défendre l'accès au droit et l'exercice de leur profession ?

 

Ce billet n'a pas la prétention d'aborder, aujourd'hui, exhaustivement, le fond du débat sur la réforme des professions juridiques, l'aide juridique....

Plus exactement, il va aborder ce sujet d'un point de vue assumé et revendiqué (généralement honni et mal vu ;)) qui est celui de la défense corporatiste.

C'est peu dire que nous, #avocats, ne sommes pas des animaux collectifs par nature.

Sans parler des disparités importantes dans la profession même (intérêts divergents voire carrément opposés entre Paris/ province, petits/gros, structures/individuels, conseil/contentieux,  etc), nous sommes (parait-il) par essence individualistes, indépendants, francs-tireurs etc.

Ce n'est pas faux.

Seulement voilà. La composition sociale et sociologique des #Barreaux a profondément changé, y compris dans les grandes villes. Et ce changement induit d'autres changements.

A Paris, près de 25 % de ce que j'appelle des #avocards, des "avocats- SMICards", et ce sans que ce soit péjoratif ou méprisant. Sans que cela dise quoi que ce soit de leurs capacités, de leurs talents, de leur désir de bien faire (et de leur succès à faire bien d'ailleurs, et c'est même tout le sujet...).

L'ignorer serait une redoutable erreur de perspective.

D'exercice #libéral, de plus en plus, nous passons, pour une bonne partie d'entre nous, à ce qui s'apparente en réalité à une auto-exploitation, parfois forcenée, qui prend même pour de nombreux confrères, fréquemment, le visage d'un parcours du combattant renouvelé chaque semestre, pour tenir le cabinet debout, sans, cependant, sacrifier nos principes, nos dossiers, nos capacités et nos talents, en tentant de préserver notre amour de cette profession, notre vocation à servir le justiciable (oui, vous, là, qui me lisez peut-être...), notre désir d'être partie prenante de ce que l'on doit appeler "la Justice" dans une société moderne, démocratique, et aussi un peu, sans sacrifier totalement ni sa santé ni sa famille (de plus en plus difficile).

Une fois que nous avons (en nous -mêmes, pour commencer, sans doute) tordu le cou à l'idée que, si tu n'as pas de Rolex à 50 ans, tu es un avocat qui a raté sa vie, et que l'on peut regarder les choses autrement qu'en mesurant la qualité professionnelle à l'aune du revenu annuel (même si plus de revenu facilite grandement la mise en oeuvre effective du talent et de la passion, il ne les remplace pas ;)), il faut commencer à réfléchir à notre sort.

Oui, il en va de la qualité de la #justice que tout type de défense puisse exister.

Que l'exercice de la profession ne soit pas uniformisé ni renvoyé aux seules structures plus ou moins grosses employant des collaborateurs "libéraux" qui sont en réalité des salariés est, je pense, une nécessité pour un droit créatif, vivant, adapaté au monde où il vit et agit.

Oui, un barreau fait de "mixité sociale "est une garantie pour le justiciable, pour la justice et pour le droit. A tous points de vue.

Non, nous ne sommes pas tous "faits pareils", nous ne défendons pas toutes et tous ni les mêmes clients, ni les mêmes objectifs, ni les mêmes valeurs....

Et c'est très bien ainsi.

L'exemple de la #presse (a contrario)  nous montre à quel point le #pluralisme est garant de la #valeur de ceux qui font vivre une profession, et de l'impact de cette profession sur la société où elle existe.

Aujourd'hui, notre profession, telle qu'elle existe, est menacée. Ce pluralisme, cette "mixité sociale" sont menacés. L'accès au droit, la qualité de la justice rendue, le "droit vivant", sont menacés.

Menacés par un rouleau compresseur ultra-libéral qui a été lancé il y a déjà quelques années et qui a pris dernièrement une allure folle et absolument indésirable, nuisible.

#Darrois, #LeBouillonnec, #Macron...

C'est bien simple.

Si nous ne nous battons pas, nous avocats qui sommes menacés à très court terme par ce que l'on appelle des "réformes" mais qui sont en réalité des saccages, des razzia, des mise à sac d'un patrimoine culturel, idéologique,politique, social...c'est bien la face de la justice qui s'en trouvera changée, et rapidement.

Par ailleurs, il est absolument normal et juste et légitime de défendre son outil de travail. A fortiori lorsque l'on est ce que j'appellerais sans complexe un "avocat prolétarisé". Normal de défendre le moyen de "gagner sa croûte", de faire vivre sa famille, normal de défendre sa peau.

Je n'en ai pas honte une seconde, et l'accusation de " #corporatisme" ne me fait ni chaud ni froid. Oui, nous avons une lutte "corporatiste" à mener, absolument. Mais il se trouve que cette lutte-là est une #lutte intersectionnelle. Elle est à l'intersection d'autres luttes. Des luttes pour l'émancipation, pour la démocratie, pour la justice.... comme toute lutte qui concerne de près ou de loin un service public.

Alors oui, il va falloir passer outre ce peu d'intérêt ou d'appétit pour la lutte collective, pour les assemblées générales, pour les débats publics, pour les actions revendicatives en commun.

Sans doute, beaucoup d'entre nous n'ont pas les moyens de se lancer dans une grève "dure", par exemple, mais nous n'avons pas non plus les moyens de prendre ces "réformes" (sic sic sic) en pleine face. C'est très clair. Si nous les laissons passer, dans quelques années, la plupart d'entre nous (dont, probablement, votre dévouée interlocutrice) seront probablement "morts" à plus ou moins brève échéance. Il faut donc choisir entre deux maux, si je puis dire.

Je sais, ce n'est jamais bien réjouissant, la perspective de devoir entrer dans une lutte dure. J'ai suffisamment de syndicats et de salariés dans ma clientèle pour le constater chaque fois chez eux et ne pas ignorer les réalités que cela implique.

Pour ma part, il est clair que je choisis des deux maux celui qui peut  me permettre de rester vivante et d'exercer cette profession - qui est un quasi-sacerdoce - comme je l'entends à peu près,  à moyen terme.

C'est un fait certain que les seuls combats perdus d'avance sont ceux que l'on ne mène pas.

J'apprends aujourd'hui les #grèves (totales) votées par les Barreaux de #Nantes , mais aussi #Blois, #Tours, #Vannes ....

Ce sont des signaux forts. Il se passe quelque chose.

"Paris" aurait bien tort de s'en désintéresser, d"ignorer le "vent qui se lève" à l'Ouest, à l'Est...

Il est au contraire l'heure, je crois, pour tous les Barreaux, pour tous les confrères qui se sentent menacés, qui se sentent mis en danger, de mobiliser et de SE mobiliser. D'envisager des assemblées générales, des actions. De nous coordonner.

De notre serment originel, faire le serment de défendre notre profession, et tout ce qu'elle implique, jusqu'au bout.

Le mot d'ordre doit être non pas de "négocier à la marge" quelques aspects de la "réforme". Mais d'abord et avant tout, de la repousser en bloc. D'être unis (pour qui voudra bien agir) dans ce "Front commun du refus" du saccage ultra-libéral.

Je ne suis pas Ministre. Ce n'est pas à moi de trouver ni de payer le financement de la Justice.

Mais de l'argent, il y en a . Assez de l'intoxication permanente à la dette, au déficit etc . C'est une question de choix d'orientation des moyens. Nous le savons.

Oui, les moyens, eux, existent, c'est une certitude.

C'est par une victoire totale contre les projets de ce #gouvernement pour notre profession (avec ses disparités, sa mixité, ses divergences...) et seulement par elle que nous pourrons ensuite débattre et envisager sereinement de ce qu'il conviendrait de faire pour "réformer" réellement, si nous le jugeons opportun.

Sans faire reculer le gouvernement sur ses projets de "réforme" (de notre profession, de financement de l'aide juridique etc), nous n'aurions rien à négocier que des clopinettes.

Et c'est clair qu'on ne se lance pas dans un mouvement "dur" pour "ça".

A bon entendeur, donc.

Assemblées générales aux marches des Palais, grèves, manifestations, bals populaires, distributions de tracts, projections de documentaires, conférences, pétitions... que sais-je ! Mais tout doit être ouvert et envisagé pour lutter (et emmener dans cette lutte l'autre partie directement concernée, à savoir le justiciable - qui se trouve être aussi le citoyen-électeur-contribuable-consommateur etc ) et pour gagner.

Il y a urgence.

 

 

PS: quelques chiffres, pour le #justiciable , mais aussi pour les confrères http://www.justice.gouv.fr/art_pix/1_stat_Chiffres_cles_2013.pdf