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A La Bonne Bière

Un verre de bière posé sur le comptoir
Le col blanc de mousse a lancé son au-revoir.
Dans le noir, le verre attend les lèvres du buveur.
Happy hour, il est l'heure.
It's time, Sir.
A côté de ce verre, Le Parisien chiffonné
Feuilles éparses, sucre renversé.
La machine à café clignote des diodes éperdues
Une tasse s'ennuie seule, vide de breuvage
Tout semble s'être figé comme dans un ravage.
Il fait froid.
Sur un fauteuil renversé, un gilet de laine blanche
A qui étaient les bras qu'on passait dans ses manches?
Sur la banquette en velours, une besace de cuir fauve
Sur quelle épaule rieuse était-elle posée?
Les pieds des chaises en l'air
Comme des jambes enchevêtrées.
Décor, angoisse, quel sortilège fut jeté là?
Et puis
Cette grande tâche rouge sombre
Qui poisse le plancher, coagule les ombres
Des couvertures à terre,
Pour quel pauvre corps dont s'échappe la vie ?
Au milieu des musiques, soudain une lumière luit
Eclairs métalliques froids, brillants
Comme de petites étoiles,comme des vers luisants.
- Staccato. Tac tac tac, tac tac tac...
Ce n'est plus la musique.
C'est l'arme automatique.
Éclats de verre, partout,
Lézardes dans les vitres, zigzags sur la vitrine,
Comme des rires grinçants, des rictus sataniques
Cyclopes microscopiques
Contemplant la panique.
Il parait que d'abord cela pique
Un peu comme un moustique
La grande douleur vient ensuite
Lorsqu' on pense à la fuite
Mais qu'on ne peut plus fuir.
Un éclat du miroir
- miroir aux alouettes
Où je regarde le monde
S'insère dans mon oeil droit
Incise mon globe oculaire
Platch fait le bruit de la réalité
Le bruit mou et mat de ce matin d'automne
Une déchirure sobre
M'ouvre les yeux
- j'ouvre les yeux !
Je vivais dans un songe depuis quarante-et-un ans
L'immense merdier-monde vient de me percuter.
A travers la blessure, coule une infinie
Sucession
De battements de cœurs, de larmes des autres, de cris
Lointains - tout ce temps mis à parvenir à mon oreille
Des cris de loin
Des cris si proches soudain
Des mains tendues qui cherchent de l'aide
Des particules, des atomes, des atomes du monde
Hémoglobine
Hématrocrites
Plasma
Sang
Mort
.............
Fin des battements du cœur
Fin des battements de cils
Fin de l'inconscience enveloppée de fumée et de bière
Un éclat de guerre est entré dans mon oeil
Un écho lointain a fait le tour du monde
Pour me crever les tympans
Des hurlements de nos lâches désinvoltures
Au sol, une chaussure.
A terre l'humanité.
Je vois dans le plancher
Se refléter la haine
Lente inexorable dérive
De continents qui s'entre-choquent
Tectonique des plaques
Tactique niquée des pleutres
Toquade tournante des planqués
Tarte-à-la crème technocratique
Touche-à-tout tatillon timoré
Tant va la cruche à l'eau...
Et "Tac tac ta...c...t...a...tatatata....- TA GUEULE! dit le fusil
Catastrophe annoncée,
Surprise périmée
Indémodables armées
Oisives divinités.
Veau d'or, vaut rien," qui veut voyager loin"
Ménage sa monture, mélange ses morsures, modèle ses dictatures
Fragile humanité
Fragile humani
Fragile huma
Frag.. hum..
Fra....
Frrrr....

BOUM !....."C'est fini ! y'en a pu !"

Jubile le Père Ubu
Assis seul sur son cul.