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La leçon de Mrs Peregrine : du courage, nos coeurs ont besoin de courage

Comment passe-t-on de l'évocation de "Mrs Peregrine" à une conclusion sur le courage ?

Peut-être qu'il faut regarder ce film avec une enfant de 11 ans pour qu'elle éclaire pour vous de son oeil neuf, les angles morts et les plis sombres. Je ne sais pas.

J'ai vu en tout cas une résonnance très forte entre cette oeuvre et une partie de notre situation actuelle - pas seulement parce que "la jeunesse" (ce concept usité seulement par les vieux vampires qui se meurent et dont je fais déjà partie) est au coeur des sujets, mais aussi parce que la conclusion entre Jake et Emma m'a semblé lumineuse:

Mieux vaut transmettre le COURAGE de se battre et d'affronter les moments durs, pénibles, dangereux, que prétendre apporter la SÉCURITÉ en niant l'essentielle accidentalité de la vie et sa brutalité inhérente.

Ceux qui offrent la sécurité offrent une forme de mort (et personnellement, ce n'est pas la mort dont je souhaite mourir). Ceux qui souhaitent le courage nous gardent en prise avec le désir et le possible.

Si nous préférons la promesse (au demeurant absolument intenable et nécessairement destinée à être trahie) de la sécurité à celle du courage, c'est que nous sommes déjà crevés et nous ne méritons plus que d'être enterrés.

Il est donc absolument normal que ceux qui nous succèdent aient hâte de le faire.

Plus nous sentirons le cadavre et plus "la jeunesse" voudra nous enterrer; et elle aura raison.

Et nous, vieilles pommes déjà rassises qui avons à un moment brillé comme autant d'étoiles dans le bleu sombre de la nuit, nous par les êtres de qui sont passés autrefois le vent, le feu, la pluie des larmes et des grandes passions, nous dont la peau a crissé de l'électricité du désir, nous devons nous souvenir de ces moments où nous avions vingt ans et où nous pouvions discuter toute une nuit avec fougue sans dormir, hurler sur une barricade les mains dans les mains serrées, s'embrasser sans rien se jurer, danser sur les tables et ne dîner que d'un morceau de pain... nous devons nous souvenir, et  nous devons  tout faire pour les aider à nous enterrer.

Si nous laissons la peur nous gouverner, ce qui semble, dramatiquement, de plus en plus être le cas, nous serons alors en effet gouvernés par elle, et croyez-le ça ne peut pas être joli-joli (on le voit déjà).

Qu'ils nous enterrent donc, puisque souvent et même avec la meilleure volonté du monde, parfois à nos corps défendants, nous sommes devenus, pour la plupart, des freins au changement qui doit advenir (oui "il doit"  sinon c'est la barbarie qui gagnera).

Cependant, et je leur laisse ce mot comme un testament, au courage, que je vous souhaite immense et forgé dans le respect et l'altérité, adjoignez aussi la mémoire. Gardez et apprenez la mémoire de nos luttes, nos luttes à tous, celles des femmes, celles des homosexuels, celles des ouvriers, celles des Noirs, celles des colonisés.... fussent-elles couronnées de défaites. Continuez ce canevas entrepris depuis des siècles vers l'émancipation de l'Homme; jetez-nous mais ne jetez-pas le peu que nous vous lèguerons.

Bien-sûr, nous résiterons c'est normal, personne ne veut quitter la scène. Et en résistant contre vous nous vous fournirons encore un appui dialectique précieux, si nous resistons "bien". Mais nous la quitterons, la scène et l'heure du grand passage de flambeau est arrivée.

Puissent dans ces ténèbres battre encore des coeurs purs pour qui la vie qui veut vivre mérite encore suffisamment d'audace, de risque et de courage plutôt que de charentaises, d'assurance et de sécurité.

Florence and the Machine – Wish That You Were Here